« Tu fais quoi dans la vie ? » — « Je suis directeur artistique. » — « Ah cool, tu dessines des logos ? » Non. Enfin, parfois. Mais pas que. Et c’est tout le problème. Dire « je suis DA », c’est comme dire « je travaille dans la tech » : ça ne veut rien dire de précis, et ça recouvre au moins sept métiers différents qui n’ont qu’un lointain cousinage.
Le truc, c’est que tous les directeurs artistiques ne font pas le même job. Vraiment pas. Un DA branding ne passe pas ses journées sur les mêmes logiciels qu’un DA digital. Un DA publicité ne pense pas de la même manière qu’un DA édition. Et pourtant, on nous met tous dans le même panier, avec le même intitulé LinkedIn. Sympa pour la clarté.
Alors aujourd’hui, je vais vous faire visiter ce multivers créatif. Les différentes espèces de DA qui peuplent nos agences, nos studios et nos open-spaces de freelances. Leurs habitats naturels, leurs compétences spécifiques, et surtout : comment savoir lequel vous avez besoin quand vous lancez un projet. Parce que croyez-moi, embaucher un DA motion pour créer votre identité de marque, c’est comme demander à un cardiologue de vous opérer du genou. Techniquement c’est un médecin, mais c’est pas vraiment son truc.

Le DA branding, c’est celui qui construit votre identité de marque de A à Z. Logo, charte graphique, typographies, codes couleurs, système visuel : il crée les fondations sur lesquelles tout le reste va s’appuyer. C’est le directeur artistique de la cohérence, celui qui pense global et long terme.
Son obsession ? La symbolique, la sémantique visuelle, le sens. Il ne dessine pas juste un joli logo, il encode votre positionnement dans des formes et des couleurs. Ce bleu-là plutôt que celui-ci, parce qu’il évoque la confiance mais pas la rigidité corporate. Cette typo avec empattements parce qu’elle apporte de la légitimité sans tomber dans le vieillot.
Un bon DA branding pense en système. Il ne crée pas des éléments isolés, il construit un langage visuel complet. Comment votre logo se décline en pictos ? Comment vos couleurs interagissent dans différents contextes ? Comment votre typographie se comporte du print au digital ? C’est un architecte plus qu’un décorateur.
Il maîtrise l’histoire du design graphique, connaît ses classiques, et sait pourquoi certains codes visuels fonctionnent depuis des décennies. C’est souvent celui qui a la culture visuelle la plus solide, parce que créer une identité de marque pérenne demande de comprendre ce qui traverse les modes.
Vous lancez une marque ? Vous faites un rebranding complet ? Vous voulez structurer une identité qui part dans tous les sens ? C’est lui qu’il vous faut. Le DA branding, c’est votre investissement long terme. Celui qui va poser les rails sur lesquels tous les autres créatifs vont rouler après.
Par contre, si vous avez juste besoin d’un visuel pour votre prochaine campagne social media, c’est overkill. Ce n’est pas qu’il ne sait pas faire, c’est qu’il va le penser comme un exercice stratégique quand vous voulez juste un truc qui scrolle bien sur Insta.

Le DA digital vit dans les écrans. Sites web, applications, interfaces : c’est son royaume. Il pense en grilles, en responsive, en interactions. Un bon DA digital ne crée pas juste une belle page d’accueil, il orchestre une expérience utilisateur cohérente sur tous les devices.
Son obsession ? L’ergonomie, la lisibilité, la fluidité. Comment on navigue dans son univers ? Est-ce que la hiérarchie visuelle guide naturellement l’œil ? Est-ce que ça charge vite ? Est-ce que c’est accessible ? Le DA digital a des contraintes techniques que le DA print n’a pas, et il a appris à les transformer en opportunités créatives.
Il parle dev. Pas forcément coder lui-même (quoique), mais comprendre les contraintes techniques, savoir ce qui est faisable ou pas, anticiper les problèmes d’intégration. Un directeur artistique digital qui n’a jamais travaillé avec des développeurs, c’est un danger public : il va vous designer des trucs magnifiques et impossibles à développer.
Il pense mobile-first, animation, micro-interactions. Où un DA branding pense statique et déclinaisons, lui pense mouvement et états. Comment le bouton réagit au survol ? Comment la transition entre deux pages fluidifie l’expérience ? C’est du design en quatre dimensions : l’espace plus le temps.
Vous refondez votre site ? Vous lancez une app ? Vous voulez que votre présence digitale ne ressemble pas à un PowerPoint de 2008 ? Le DA digital est votre sauveur. Il va penser votre projet avec les bons outils, les bons formats, les bonnes pratiques UX.
Mais si vous lui demandez de créer l’identité visuelle de votre startup avant même d’avoir un produit, il va galérer. Ce n’est pas son réflexe premier. Il a besoin d’un système de marque existant pour l’adapter au digital, pas de créer le système from scratch.

Le DA publicité, c’est celui des campagnes qui marquent. Il pense en concepts, en idées fortes, en visuels qui stoppent le scroll. Affichage, presse, digital ads, social media : partout où il faut capter l’attention en une fraction de seconde, c’est son territoire.
Son obsession ? L’impact. Est-ce que ça arrête ? Est-ce que ça intrigue ? Est-ce que ça reste en tête ? Un directeur artistique publicité ne fait pas dans la subtilité élégante, il fait dans le punchline visuel. Il travaille toujours en binôme avec un concepteur rédacteur, parce qu’en pub, le visuel et le message sont indissociables.
Il pense en campagnes, pas en branding. Là où le DA branding construit une cathédrale pour durer cent ans, le DA pub construit un feu d’artifice pour marquer les esprits maintenant. Ses références ? Les Lions de Cannes, les campagnes cultes, les coups de com’ qui ont fait le buzz.
Il maîtrise l’art du concept exécuté. Cette idée simple mais puissante qui se décline sur tous les formats. Une bonne campagne pub, c’est une idée forte qu’on peut raconter en une phrase et qui fonctionne visuellement sur un 4×3 comme sur un post Instagram.
Vous lancez un produit avec un gros budget média ? Vous voulez une campagne qui fait parler ? Vous avez besoin de créer du désir et pas juste de l’information ? Le DA publicité va transformer votre brief en concept mémorable.
Mais si vous lui demandez de créer votre charte éditoriale pour vos contenus corporate réguliers, il va s’ennuyer. Et un DA pub qui s’ennuie, ça fait des trucs trop conceptuels pour un usage quotidien. Il a besoin d’enjeux forts, de défis créatifs, de matière à storytelling impactant.

Livres, magazines, catalogues, rapports annuels : le DA édition est le roi du print long format. Il pense en doubles pages, en grilles éditoriales, en flux de lecture. Là où les autres DA créent des moments visuels, lui orchestre des parcours de plusieurs dizaines ou centaines de pages.
Son obsession ? La typographie, la mise en page, la respiration. Comment le texte habite l’espace ? Où placer les images pour qu’elles racontent une histoire visuelle parallèle ? Comment créer une cohérence sur 200 pages sans que ça devienne monotone ? Le DA édition, c’est un chef d’orchestre de l’équilibre.
Il connaît l’imprimerie par cœur. Les papiers, les encres, les reliures, les finitions. Un directeur artistique édition qui ne comprend pas les contraintes et les possibilités de la production print, c’est un amateur. Il sait qu’une couleur Pantone ne rendra pas pareil sur du papier mat ou brillant, que certaines typos sont illisibles en corps 8.
Il pense hiérarchie de l’information sur la durée. Pas juste une page d’accueil qui doit tout dire, mais un chemin de lecture qui se construit chapitre après chapitre. C’est presque plus proche de l’architecture que du graphisme pur.
Vous publiez un livre ? Vous faites un magazine ? Vous voulez que votre rapport annuel ne soit pas juste chiant à lire ? Le DA édition va transformer vos pavés de texte en objets graphiques désirables.
Mais ne lui demandez pas de designer votre site web. Il va vous faire des mises en page magnifiques mais statiques, penser en format A4 alors que le web est fluide et responsive. Son cerveau est calibré pour le fixe, pas pour l’adaptable.

Le DA 360°, c’est celui qui peut tout faire. Ou presque. Identité de marque, site web, campagne pub, édition : il navigue entre les formats avec une aisance déconcertante. C’est le directeur artistique des petites structures, des startups, des projets qui ont besoin de cohérence globale sans avoir le budget pour cinq DA spécialisés.
Son obsession ? La vision d’ensemble. Comment tout s’articule ? Comment l’identité de marque vit sur le site, se décline en campagne, s’exprime en édition ? Il pense connexions, passerelles, cohérence cross-canal.
Sa polyvalence. Il a touché à tout, pratiqué différents logiciels, bossé sur différents supports. Un bon DA 360° comprend les codes de chaque spécialité sans être ultra-pointu sur aucune. C’est un généraliste éclairé, pas un expert hyper-spécialisé.
Il est souvent freelance ou en petite structure, parce que les grosses agences préfèrent avoir des spécialistes. Mais pour un client qui veut un interlocuteur unique capable de penser son projet de manière globale, c’est la perle rare.
Vous êtes une TPE/PME qui a besoin de tout refaire de A à Z ? Vous voulez un directeur artistique qui comprenne vos enjeux business autant que créatifs ? Vous cherchez une cohérence globale plutôt qu’une expertise ultra-pointue sur un format ? Le DA 360° est votre homme.
Par contre, si vous lancez une app ultra-complexe ou une campagne publicitaire avec un budget de plusieurs millions, prenez un spécialiste. Le DA 360° aura la vision, mais peut-être pas l’expertise technique ultra-pointue nécessaire.

Stories, Reels, TikToks, vidéos YouTube, motion design : le DA motion vit dans le temps et le mouvement. Là où les autres DA pensent images fixes, lui pense séquences, rythmes, transitions. C’est le directeur artistique de l’ère du snackable content.
Son obsession ? Le scroll-stopping power. Comment capter l’attention dans les trois premières secondes ? Comment raconter une histoire en 15 secondes ? Comment créer un univers visuel reconnaissable dans le flux infini des réseaux sociaux ?
Il pense en frames par seconde. After Effects, Premiere, parfois même du 3D avec Cinema 4D ou Blender : ses outils sont ceux de l’animation et de la vidéo. Un bon DA motion comprend le montage, le rythme, la musique, le sound design. C’est un hybride entre graphiste et réalisateur.
Il maîtrise les codes des plateformes sociales. Ce qui marche sur TikTok ne marche pas sur LinkedIn. Ce qui performe en Reel ne fonctionne pas en Story. Le DA motion / social content connaît ces subtilités par cœur, parce qu’il vit dans ces écosystèmes.
Vous voulez développer votre présence sur les réseaux sociaux avec du contenu créatif ? Vous lancez une chaîne de contenu vidéo ? Vous avez besoin de motion design pour vos présentations ou vos produits ? Le DA motion va donner vie à votre communication.
Mais si vous avez besoin d’une identité de marque structurée avant tout, commencez par un DA branding. Le DA motion a besoin d’un système visuel existant pour le mettre en mouvement. C’est un amplificateur génial, pas forcément un créateur de fondations.

Applications, SaaS, plateformes digitales : le DA produit conçoit des interfaces qu’on utilise tous les jours. Là où le DA digital pense site vitrine, lui pense outil. Comment on crée un compte ? Comment on navigue dans un dashboard complexe ? Comment on rend intuitif un produit qui fait mille choses ?
Son obsession ? L’utilisabilité avant la beauté. Un bon DA produit accepte de sacrifier un effet visuel génial si ça nuit à l’expérience utilisateur. Il travaille main dans la main avec les UX designers et les PM, parce qu’un produit digital, c’est un compromis permanent entre désirabilité, faisabilité et viabilité.
Il pense systèmes de design. Pas juste des écrans isolés, mais des composants réutilisables, des design tokens, des bibliothèques cohérentes. Un directeur artistique produit livre des Figma ultra-structurés que les devs adorent, parce que tout est cohérent, logique, scalable.
Il est data-driven. Il teste, itère, regarde les metrics. Si un bouton ne convertit pas, il le repense. Si un parcours perd 50% des utilisateurs, il le simplifie. La beauté qui ne performe pas ne l’intéresse pas.
Vous développez un produit digital complexe ? Vous avez besoin que votre outil soit non seulement beau mais surtout utilisable ? Vous voulez construire un design system scalable ? Le DA produit / UX-UI va transformer votre produit en expérience fluide.
Mais si vous voulez une campagne de lancement impactante pour ce même produit, ce n’est pas forcément sa tasse de thé. Il excelle dans l’optimisation et l’utilisabilité, moins dans le coup d’éclat créatif ponctuel.
Avant de chercher un directeur artistique, posez-vous la vraie question : vous avez besoin de quoi exactement ? D’une identité de marque ? D’un site qui cartonne ? D’une campagne qui fait du bruit ? D’un produit utilisable ? Chaque besoin appelle un profil différent.
Et soyez honnête sur votre maturité créative. Si vous n’avez aucune identité visuelle, commencez par un DA branding. Ne sautez pas les étapes en demandant directement une campagne pub à un DA publicité qui n’aura aucun système de marque sur lequel s’appuyer.
Un portfolio, ça se lit. Un DA branding montrera des systèmes d’identité complets. Un DA digital montrera des sites et des interfaces. Un DA pub montrera des concepts de campagne. Si vous avez besoin d’un site et que le portfolio ne montre que des logos, passez votre chemin.
Attention aux DA qui montrent de tout dans leur book. Soit c’est un vrai 360° polyvalent (rare), soit c’est quelqu’un qui touche à tout sans vraie spécialité (plus courant). Creusez, posez des questions sur les projets, comprenez quel a été leur rôle exact.
Un bon directeur artistique, c’est aussi une question de fit. Vous êtes une boîte corporate qui veut évoluer doucement ? Un DA pub ultra-disruptif va vous faire peur. Vous êtes une startup qui veut tout casser ? Un DA branding ultra-classique va vous ennuyer.
Rencontrez-les, discutez, sentez si le courant passe. Un DA avec qui vous partagez des références culturelles, qui comprend votre univers, qui capte votre vision : c’est celui qui produira le meilleur travail. La technique s’apprend, le feeling se ressent.
Voilà, maintenant vous savez. Tous les DA ne se ressemblent pas. Ils n’ont pas les mêmes outils, les mêmes réflexes, les mêmes obsessions. Et c’est tant mieux. Parce que chaque projet mérite le bon profil de directeur artistique, celui qui va comprendre vos enjeux spécifiques et y répondre avec l’expertise adaptée.
Alors la prochaine fois que vous cherchez un DA, ne postez pas une annonce générique « recherche directeur artistique polyvalent ». Dites « on cherche un DA branding pour structurer notre identité » ou « on a besoin d’un DA digital pour refondre notre plateforme ». Vous attirerez les bons profils, vous gagnerez du temps, et vous éviterez les malentendus.
Et si vraiment vous ne savez pas quel DA vous avez besoin, appelez un DA 360°. Il vous orientera vers le bon spécialiste. Ou il fera le job lui-même si c’est dans ses cordes. Parce qu’au fond, le meilleur directeur artistique, c’est celui qui sait dire « ce projet, ce n’est pas pour moi, mais je connais exactement la personne qu’il vous faut. »
Bienvenue dans le multivers. Choisissez votre aventure.
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